Douze pavillons
Le voisin du 5 avait déjà failli envoyer leur canapé dans une haie, et il n’était même pas sorti de chez lui.
— À gauche ! cria-t-il depuis sa porte.
Milo leva les deux mains. Le camion s’arrêta.
Du trottoir, il voyait le visage du chauffeur dans le rétroviseur. Il lui montra l’espace qui restait, puis écarta les bras. Lentement. Le canapé appartenait à sa mère, mais la console était quelque part derrière.
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Douze pavillons. Six de chaque côté, les impairs à gauche, les pairs à droite. Ça, au moins, c’était rangé. Leur maison était la dernière à droite. Dix jours avant la rentrée, Milo connaissait son adresse : 12, impasse des Sorbiers. Pour le reste, on verrait.
Le voisin sortit enfin, en chaussons, avec un petit chien au bout d’une laisse.
Milo baissa les bras. Le camion s’immobilisa devant le 12, et le moteur se tut.
Le chien, lui, ne se tut pas. Il poussa un gémissement aigu, les pattes raides, le regard fixé vers le fond de l’impasse. Quand son maître avança, il recula si brusquement que son collier lui remonta sous les oreilles.
— Il n’aime pas les camions, expliqua le voisin.
Milo aurait bien caressé le chien. Il avait un peu la même envie que lui : repartir, juste pour vérifier que leur ancienne maison était toujours là.
Mais le chauffeur ouvrait déjà les portes arrière.
Le voisin ramena son chien, puis revint surveiller le déchargement.
Milo serra son carton contre lui. L’homme avait les mains dans les poches. Pas question de les sortir pour un carton.
— Vous pourriez tenir la porte ? demanda sa mère, derrière une pile de coussins.
— Elle tient toute seule.
Cet homme était imbattable.
En revenant au camion, Milo aperçut deux visages derrière la vitre du 8. Il baissa les yeux pour franchir le hayon avec son carton ; lorsqu’il regarda de nouveau, il ne restait que le reflet du ciel.
Tout le monde les regardait donc s’installer. Il espéra que personne ne verrait le sac où dépassait son vieux lapin en peluche.
Le téléphone de sa mère sonna.
— Tu as l’heure, mon grand ?
Milo sortit le sien.
— Seize heures trente.
Elle décrocha en s’éloignant.
— Oui, bonjour, c’est moi. Pour la garde de ce soir…
Milo allait ranger son téléphone quand il remarqua le garçon.
Il se tenait dans le jardin du 10, juste de l’autre côté de leur haie. À peu près son âge. Un tee-shirt vert, les bras le long du corps, les pieds au bord d’une plaque de terre nue.
Milo leva la main.
Le garçon le regarda sans répondre.
Il avait peut-être cru que Milo voulait poser une question, comme en classe. Milo transforma son geste en mouvement pour se gratter la tête. Trop tard. Personne ne se grattait la tête avec la main ouverte à cette hauteur.
— Tu prends les coussins ? appela sa mère.
Il les prit tous. Par-dessus la pile, il ne voyait plus le garçon.
Un voisin de son âge, c’était quand même bien. Quelqu’un qui pourrait lui montrer où aller au collège. À condition qu’il sache parler.
Quand le camion repartit, le voisin du 5 leur souhaita bon courage. Milo l’avait déjà fait plusieurs fois, le trajet entre le camion et la porte. Le voisin, aucune.
Fin de l’extrait
